Thèmes Kavana

À savoir
La Kavana : l'intention du coeur dans la pratique juive
La Kavana désigne l'intention intérieure qui anime l'être humain lorsqu'il accomplit un acte religieux. Dans la tradition juive orthodoxe, cette disposition de l'esprit n'est pas un simple complément à l'action extérieure : elle en constitue l'âme même. Nos Sages enseignent qu'une Téfila sans Kavana est « comme un corps sans âme », soulignant ainsi que la prière récitée mécaniquement, sans pensée orientée vers D.ieu, manque à son essence profonde.
La Kavana dans la Téfila
C'est dans le domaine de la Téfila que la Kavana trouve son expression la plus étendue. Le Choulhane Aroukh, rédigé par Rabbi Yossef Karo, précise que prier avec Kavana signifie comprendre dans son coeur le sens des mots prononcés, en se représentant que l'on se tient devant le Roi des rois. Cette exigence s'applique particulièrement à l'Amida, prière centrale du culte juif, mais aussi au Chema Israël dont la première phrase requiert une Kavana absolue selon la Halakha. Les prières de Chaharit, Mincha et Arvit appellent chacune cette intention renouvelée à chaque office.
Les Béra'hot et le Modé Ani
Au-delà des grandes prières, la Kavana est requise pour toutes les Bérakhot. Une Béra'ha prononcée sans conscience de sa signification est une bénédiction amoindrie. De même, la récitation du Modé Ani au réveil doit s'accompagner d'une pensée authentique de gratitude envers le Créateur. Le Rambam insiste sur le fait que l'intention précède et accompagne tout acte de service divin.
La Kavana dans les Mitsvot et le Limoud Torah
Toutes les Mitsvot doivent être accomplies avec Kavana, c'est-à-dire avec la conscience explicite que l'on exécute le commandement divin. Cette intention, parfois formalisée par la formule « Léchèm Yichoud », relie l'acte humain à sa source spirituelle. Dans le Limoud Torah également, la Kavana transforme l'étude en un acte de service : étudier pour comprendre la volonté de D.ieu est une dimension essentielle de l'Émouna.
La Kedoucha et la difficulté de la concentration
La Kedoucha, sainteté de l'instant, est indissociable de la Kavana. Nos Sages reconnaissent la difficulté naturelle qu'éprouve l'homme à se concentrer et à chasser les pensées étrangères (ma'hachavot zarot). Rabbi Yoel Sirkis (le Ba'h) enseigne que si l'homme fait l'effort de s'éveiller à la concentration, D.ieu l'aide à y parvenir. Utiliser un Sidour, lire les mots sur le livre, est un conseil pratique transmis au nom du 'Hida pour repousser les pensées parasites.
Cultiver la Kavana au quotidien
Développer la Kavana est un travail spirituel de toute une vie. Il ne s'agit pas d'une exigence paralysante, mais d'un appel constant à la présence à D.ieu dans chaque moment de la pratique juive. Que ce soit dans la Téfila du matin, la récitation du Chema Israël ou l'accomplissement d'une Mitsva, la Kavana est le fil intérieur qui relie l'acte humain à la volonté divine, transformant la pratique religieuse en véritable dialogue avec le Créateur.
Lois de Kavana : questions-réponses pratiques
Celui qui prolonge sa prière afin de mieux se concentrer, par exemple lorsque l'assemblée prie rapidement et qu'il souhaite comprendre les mots ou suivre la kavana selon la kabbala, et qu'il risque de manquer la réponse à la kedoucha, il lui est permis de commencer la Amida pendant que l'assemblée est à la bénédiction "Emet Veyatsiv", afin de pouvoir dire la kedoucha avec l'assemblée. Cependant, il n'est pas obligé d'agir ainsi et peut commencer en même temps que l'assemblée. S'il ne peut pas répondre à la kedoucha ou au kaddich parce qu'il est encore en pleine prière, cela n'est pas problématique. Pour la prière de minha, il n'est pas permis d'avancer sa prière, car il est interdit de prier avant le kaddich, qui est même préférable à la kedoucha.
Il n’est pas nécessaire de déclarer verbalement que l’on accomplit la mitsva dans ce but, comme par exemple dire « leshem yihoud » ou autre, mais il suffit d’y penser, même a priori. Cela ne ressemble pas à l’écriture des tefiline, où il faut déclarer que l’on écrit pour la sainteté des tefiline. Surtout pour une mitsva sur laquelle on récite une berakha au début, car la berakha éveille la parole et la pensée à avoir l’intention de réaliser la mitsva. Cependant, il est courant que beaucoup, même des personnes pieuses, disent « leshem yihoud » avant chaque mitsva pour stimuler l’intention de l’accomplir pour la mitsva, en particulier pour la mitsva de s’asseoir dans la souka la première nuit de Soukot, et pour les tsitsit et tefiline.
Il est nécessaire d’avoir la kavana, c’est-à-dire l’intention, lors de l’accomplissement d’une mitsva, en ayant à l’esprit que l’on souhaite s’acquitter de l’obligation de la mitsva. Certains estiment que si l’on a lu le Chema dans l’ordre de la tefila, ou mangé la matsa, ou fait le kiddouch, ou pris le loulav ou sonné du chofar, et autres cas similaires, même sans avoir eu explicitement l’intention de s’acquitter, on est quitte, car c’est précisément pour cela que l’on accomplit ces actes, même sans intention explicite. Beaucoup s’appuient sur cette opinion, même a priori, et ne formulent pas explicitement l’intention lors de la tefila, du Chema ou du kiddouch. Toutefois, il est très recommandé et approprié d’avoir explicitement l’intention, pour chaque mitsva, au moment où on l’accomplit, de le faire dans le but de réaliser la mitsva.
Si quelqu'un est déjà allongé dans son lit et se rappelle qu'il n'a pas encore prié Arvit, et qu'il sait qu'il ne pourra pas avoir la kavana pendant la Amida, il doit tout de même prier Arvit et ne peut pas s'exempter de la tefila en prétextant son manque de kavana. Il doit cependant s'efforcer de toutes ses forces d'avoir la kavana au moins dans la berakha des Avot ou dans Modim.
Même s’il faut a priori avoir l’intention lors des mitsvot qui impliquent un acte, comme manger la matsa ou le maror, a posteriori, si l’on n’a pas eu l’intention de réaliser la mitsva, on est quitte, car on en a tiré profit. En particulier, selon le Haye Adam, si l’on a mangé la matsa sans intention de s’acquitter, on est quitte tant que l’on agit pour la mitsva et non pour une autre raison. Celui qui souhaite être rigoureux et recommencer à manger ne récitera pas de nouvelle berakha, par crainte de prononcer une berakha vaine. Il est cependant évident que si l’on a récité la berakha « Al akhilat matsa », il n’existe pas d’intention plus grande que celle-ci, et l’on est quitte selon tous les avis.
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