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Vaincre la colère

« Celui qui se met en colère, c'est comme s'il servait une idole » : le judaïsme classe la colère parmi les traits les plus destructeurs, et propose un entraînement précis pour la dompter. Programme du chantier le plus rentable qui soit.

Pourquoi tant de sévérité ?

Le Talmud multiplie les mises en garde : la colère fait perdre sa sagesse au sage (même Moché, dit le Midrach, a erré sous son effet), elle équivaut à l'idolâtrie (Chabbat 105b : dans la colère, je couronne mon ego : mon honneur devient mon dieu), et « la vie du coléreux n'est pas une vie » (Pessahim 113b). Bilan réaliste : une minute de colère peut détruire des années de confiance : conjoint, enfants, collègues. C'est LE trait au meilleur retour sur investissement.

Comprendre sa mécanique

La colère éclate quand la réalité refuse d'obéir à mes plans : un retard, une désobéissance, un objet cassé... et derrière : « cela ne DEVAIT pas m'arriver ». Le travail de fond est donc un travail de emouna : rien ne m'arrive qui n'ait été permis d'en Haut (voir chapitre 6) : l'offense reste à corriger, mais le décret me visait. « Ce n'est pas la personne qui t'a mouillé : c'est la vague » : la personne n'était que le canal (Hovot Halevavot).

L'entraînement en trois temps

  1. AVANT : réduire l'inflammabilité. Sommeil, repas, pression : la colère aime les corps épuisés. Repérez vos déclencheurs récurrents (l'heure du départ le matin, tel dossier, telle remarque) et préparez À FROID votre réponse.
  2. PENDANT : le délai sacré. La halakha du coléreux tient en un mot : RETARDER. Se taire dix secondes, boire un verre d'eau, sortir de la pièce, baisser la voix (crier nourrit la colère, chuchoter l'étouffe : essayez sur vos enfants). Aucune décision, aucun mot définitif, aucun message électronique dans la colère : JAMAIS.
  3. APRÈS : réparer et déboguer. Si elle a éclaté : demander pardon vite et en entier (y compris à ses enfants : leçon de techouva en direct), puis analyser : quel déclencheur, quelle pensée (« il me manque de respect »), quelle alternative la prochaine fois. Un carnet de colères (chapitre 7) en vient à bout en quelques mois.
Et l'indignation juste ? Il existe une colere PEDAGOGIQUE, exterieure et controlee (montrer une desapprobation grave, sans feu interieur : Rambam, Hilkhot Deot 2, 3) et une indignation legitime devant l'injustice. Le test : suis-je encore aux commandes ? Si c'est la colere qui parle a ma place, ce n'est plus de l'education ni de la justice.
L'objectif realiste On ne « supprime » pas la colere en un mois : on ALLONGE LE DELAI entre l'etincelle et la reaction, semaine apres semaine. Le jour ou vous vous surprenez a respirer AVANT de repondre, le chantier est gagne a moitie. Les maitres du Moussar y voyaient LE signe de l'homme accompli : « Qui est fort ? Celui qui domine son penchant » (Pirke Avot 4, 1).

Pour enrichir ce chapitre

Vidéos, chiourim et réponses de Rabbanim d'UniversTorah qui prolongent cette leçon.

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