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Garder sa langue : vaincre la médisance

La parole est le propre de l'homme, et sa faute la plus fréquente : le lachon hara, la médisance, peut détruire en trois phrases une réputation bâtie en vingt ans. Les règles essentielles, et l'entraînement du Hafets Haim.

La faute qui tue à distance

Le lachon hara, c'est dire du mal d'autrui : MÊME VRAI (le mensonge diffamatoire, motsi chem ra, est pire encore). Nos Sages la comparent à une flèche (elle tue de loin, on ne peut la rattraper) et enseignent qu'elle « tue trois personnes » : celui qui parle, celui qui écoute, celui dont on parle (Arakhin 15b). Le mal est irréversible : l'image plantée dans l'esprit de l'auditeur ne s'efface plus : d'où la gravité unique que la Torah lui donne (« Tu n'iras pas colportant parmi ton peuple », Vayikra 19, 16).

La carte des interdits de parole

  • Lachon hara : toute parole négative sur autrui, vraie, dite sans nécessité.
  • Rekhilout : le colportage : « tu sais ce qu'untel a dit sur toi ? » : le semeur de discordes.
  • Ona'at devarim : blesser par la parole en face (moqueries, rappels humiliants, surnoms).
  • L'avak lachon hara (la « poussière ») : les sous-entendus, l'ironie, le « je ne veux rien dire mais... », les éloges qui appellent la critique.
  • ÉCOUTER compte aussi : l'auditeur est le complice qui rend le marché possible. Sans acheteurs, pas de marchands.
Les exceptions UTILES (toelet) Proteger quelqu'un (avertir d'un associe malhonnete, temoigner, renseigner honnetement pour un chiddoukh ou une embauche...) peut etre PERMIS voire obligatoire, sous conditions strictes (fait certain, intention pure, pas d'exageration, pas d'autre moyen...). Ces regles precises s'etudient dans le HAFETS HAIM : ne les improvisez pas : dans le doute, demandez.

L'entraînement du Hafets Haim

Rabbi Israel Meir Kagan (1839-1933), dit le Hafets Haim du titre de son livre (« Qui désire la vie... garde ta langue du mal », Tehilim 34), a codifié ces lois et légué la méthode :

  1. Étudier chaque jour deux lois de la parole (des calendriers d'étude existent en français) : on ne peut éviter ce qu'on ne sait pas reconnaître.
  2. Des créneaux blindés : commencer par UNE heure par jour « sans aucune parole sur autrui » (le repas familial, le trajet...), puis étendre.
  3. Les techniques d'esquive en société : changer de sujet, trouver un mérite (« il a peut-être eu une journée impossible »), ou l'honnêteté douce : « je préfère qu'on ne parle pas de lui en son absence ».
  4. Le juge favorable (dan lekaf zekhout) : juger autrui favorablement est une mitsva ET le meilleur préventif : ce qu'on excuse, on n'a plus besoin de le raconter.
Commencez par la maison Le lachon hara familial (la table ou l'on « refait » la communaute, les critiques des uns devant les enfants) est le plus banalise, et le plus formateur pour les enfants... dans le mauvais sens. Une table declaree « zone sans medisance » (avec un mot-code amusant quand quelqu'un derape) change une famille en quelques semaines.

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