Ticha BeAv et les trois semaines
Le 9 Av, jour le plus sombre du calendrier : les deux Beth Hamikdash détruits, et tant de catastrophes à la même date. Un deuil national qui monte en trois paliers, jusqu'à 25 heures à même le sol.
Le jour des larmes
Le 9 Av, les deux Beth Hamikdash furent détruits (586 avant l'ère commune par Babylone, 70 par Rome). La tradition y ajoute la faute des explorateurs (la génération du désert pleura « pour rien » cette nuit-là : elle devint une nuit de pleurs pour les générations), la chute de Betar, l'expulsion d'Espagne en 1492... Ticha BeAv est le condensé du deuil juif : un jeûne complet d'environ 25 heures, comme Kippour, mais dans la tonalité inverse : non l'élévation, la désolation.
La montée du deuil : trois paliers
- Les trois semaines (du 17 Tamouz au 9 Av, « Bein Hametsarim ») : ni mariages ni musique festive ; on évite le Chehiyanou (fruits nouveaux, achats importants).
- À partir de Roch Hodech Av (« les neuf jours ») : usage séfarade dominant : on s'abstient de viande et de vin (hors Chabbat), de baignade de plaisir, de vêtements neufs : « quand entre Av, on diminue la joie ».
- Ticha BeAv : les cinq abstinences de Kippour, plus les marques de deuil : assis au sol jusqu'à la mi-journée, pas de salutations, pas d'étude de Torah (elle réjouit !) hormis les textes de la destruction, lumière tamisée.
Pourquoi pleurer encore, deux mille ans après ?
Nos Sages enseignent : « Quiconque prend le deuil de Jérusalem méritera de voir sa joie » (Taanit 30b). Le deuil entretenu n'est pas une nostalgie morbide : c'est le refus de considérer l'exil comme normal. Et la cause profonde de la destruction, la haine gratuite (sinat hinam), désigne le remède : l'amour gratuit. Ticha BeAv est ainsi le jeûne qui se répare... entre les hommes. La tradition ajoute que le Machia'h naît le 9 Av : au coeur de la nuit, la promesse.
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