La mémoire : Kaddich, hazkara, élévation de l'âme
Le judaïsme ne « tourne pas la page » : il transforme l'absence en lien actif. Le Kaddich et son secret, la hazkara annuelle, et tout ce qu'on peut encore faire pour ceux qui sont partis.
Le Kaddich : le secret le mieux gardé
Surprise pour beaucoup : le Kaddich ne parle ni de la mort ni du défunt : c'est une doxologie : « Que Son grand Nom soit exalté et sanctifié... » Alors pourquoi les endeuillés le disent-ils ? La tradition (depuis Rabbi Akiva et l'histoire du mort qu'il sauva en faisant dire le Kaddich à son fils) répond : quand un fils sanctifie publiquement le Nom, le Ciel constate que le défunt a laissé dans le monde une source de sainteté : SES mérites grandissent par les actes de sa descendance. Le Kaddich est un certificat de transmission : le plus bel hommage qu'un enfant puisse rendre.
La hazkara : le rendez-vous annuel
Chaque année, à la date hébraïque du décès (la « hazkara » séfarade, « yahrzeit » ashkénaze) :
- Le Kaddich aux offices du jour (et l'usage de monter à la Torah le Chabbat précédent, avec la Achkava : la prière d'élévation séfarade).
- La veilleuse de 24 heures (« la bougie de l'âme » : « l'âme de l'homme est une flamme de D.ieu », Michlei 20, 27).
- L'étude en son honneur (des michnayot : les lettres de Michna sont celles de Nechama, l'âme), la tsedaka, la visite au cimetière selon l'usage, et la séouda ou l'azkara familiale avec paroles de Torah.
Tout ce qu'on peut encore faire
La relation ne s'arrête pas : elle change de forme. Le judaïsme offre un éventail d'actions pour l'élévation de l'âme (iluy nechama) : l'étude régulière à leur mérite (un livre de Torah offert et dédicacé, un cours financé), la tsedaka en leur nom, les mitsvot que VOUS faites en pensant à eux (chaque acte d'un descendant crédite ses ascendants : c'est la mécanique du Kaddich élargie à toute la vie), donner leur prénom à un descendant, et achever ce qu'ils avaient commencé. La mort interrompt une présence, pas une influence : « Yaakov avinou n'est pas mort : tant que sa descendance est vivante, il est vivant » (Taanit 5b).
Le mot de la fin du cycle
De la brit au Kaddich, vous avez parcouru le cycle entier : et vous avez vu qu'il n'est pas une ligne mais une BOUCLE : l'enfant qu'on nomme d'après un aïeul, le Kaddich qui fait vivre les parents, la Torah des ancêtres dans la bouche des petits-enfants. « Dor holekh vedor ba » : une génération va, une génération vient (Kohelet 1, 4) : et entre les deux, tout ce que cette formation vous a confié : transmettez-le.
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