Les outils d'interprétation : les treize middot
Comment la Torah orale déduit-elle les lois du texte écrit ? Grâce à des règles d'interprétation transmises depuis le Sinaï : les treize middot. En voici les principales, avec des exemples.
Des règles reçues au Sinaï
La Guemara ne « fabrique » pas les lois au hasard : elle les déduit du texte de la Torah selon des règles d'interprétation précises, les treize middot de Rabbi Ichmaël (que beaucoup récitent chaque matin dans le siddour). Ces règles font partie de la Torah orale donnée à Moché. Les voici toutes les treize, en une phrase chacune, avant de détailler les plus fréquentes.
Les treize règles en un coup d'oeil
- Kal vahomer : le raisonnement a fortiori, du cas léger au cas grave (et inversement).
- Gezera chava : l'analogie par un même mot présent dans deux passages, qui relie leurs lois (règle reçue par tradition).
- Binyan av : un principe général dégagé d'un verset (ou de la combinaison de deux), appliqué à d'autres cas semblables.
- Klal ouprat : un terme général suivi d'un terme particulier : seul le particulier est visé.
- Prat ouklal : un particulier suivi d'un général : le général l'emporte et tout est inclus.
- Klal ouprat ouklal : général, particulier, général : on inclut tout ce qui ressemble au particulier.
- Klal chehou tsarikh liprat, ouprat chehou tsarikh liklal : un général qui a besoin du particulier pour être compris, et un particulier qui a besoin du général.
- Kol davar chehaya biklal veyatsa lelamed : un élément inclus dans une règle générale, mais détaché pour enseigner : son enseignement vaut pour toute la règle.
- Yatsa liton toan é'had chehou ke'inyano : détaché pour présenter un cas conforme à la règle : cela sert à alléger, non à aggraver.
- Yatsa liton toan a'her chelo ke'inyano : détaché pour présenter un cas différent : cela sert à la fois à alléger et à aggraver.
- Yatsa lidon badavar he'hadach : détaché pour être traité comme un cas entièrement nouveau : on ne le réintègre à la règle générale que si le verset le ramène.
- Davar halamed me'inyano / davar halamed misofo : un sens éclairé par son contexte, ou par la fin du passage.
- Chenei ketouvim hama'hhichim zé et zé : deux versets qui se contredisent, jusqu'à ce qu'un troisième vienne trancher entre eux.
Ne cherchez pas à toutes les retenir maintenant : gardez cette liste comme référence. Nous détaillons ci-dessous les trois premières, de loin les plus fréquentes dans la Guemara.
Le kal vahomer (le a fortiori)
Le plus intuitif : si une chose est vraie dans un cas « léger », elle l'est d'autant plus dans un cas « grave ». La Guemara le formule : « ou mah... kal vahomer che... ». Exemple biblique : quand Miriam est éloignée du camp sept jours, D.ieu dit à Moché : « si son père lui avait craché au visage, ne serait-elle pas confuse sept jours ? À plus forte raison devant Moi... » (Bamidbar 12). Le raisonnement va du moins fort au plus fort.
La gezera chava (l'analogie verbale)
Quand un même mot apparaît dans deux passages de la Torah, on peut relier les lois de l'un à l'autre : c'est la gezera chava. Exemple : le mot « bemoado » (« en son temps ») est employé pour l'offrande quotidienne (qui repousse le Chabbat) ET pour l'offrande de Pessah ; par gezera chava, on apprend que l'offrande de Pessah aussi repousse le Chabbat (Pessahim 66a). Attention : on ne crée pas une gezera chava soi-même : elle doit être reçue par tradition.
Le binyan av (le principe fondateur)
Le binyan av (littéralement « construction d'un père ») : à partir d'un cas particulier de la Torah, on dégage un principe général qu'on applique à d'autres cas semblables. Un verset devient le « père », le modèle, d'une règle qui vaut ailleurs.
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