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Guides Chmirat Halachone : garder sa langue
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Chapitre 1/7

La parole qui tue à distance

Avant les définitions et les règles, mesurons l'enjeu : pourquoi la Torah traite-t-elle la médisance avec une gravité presque unique ? Premier chapitre : la puissance terrible, et créatrice, de la parole.

Le propre de l'homme

Quand la Torah décrit la création de l'homme, « il devint un être vivant » (Berechit 2, 7), le Targoum traduit : « un esprit qui PARLE ». La parole n'est pas une fonction parmi d'autres : c'est le sceau de l'image divine en nous. D.ieu a créé le monde par la parole (« Il dit, et ce fut ») ; l'homme, à Son image, crée et détruit des mondes par sa bouche. C'est pourquoi l'usage de la parole est l'enjeu spirituel le plus élevé : mal employée, la faculté la plus haute devient l'arme la plus basse.

Trois victimes d'un seul mot

Le Talmud (Arakhin 15b) enseigne une chose vertigineuse : le lachon hara « tue trois personnes » : celui qui le dit, celui qui l'écoute, et celui dont on parle. Une flèche : voilà l'image des Sages : contrairement à l'épée qui frappe de près, la parole tue de LOIN, et une fois lâchée, on ne peut plus la rattraper. L'image plantée dans l'esprit de l'auditeur ne s'efface plus : on peut se rétracter, jamais désimprimer.

Plus grave que les trois fautes cardinales ? Le Talmud (Arakhin 15b) affirme que le lachon hara « equivaut aux trois fautes cardinales reunies » (idolatrie, meurtre, debauche). Pourquoi une telle severite ? Parce que ces fautes exigent un acte grave et rare, tandis que la medisance se glisse dans chaque conversation, chaque jour, presque sans y penser : sa banalite meme est ce qui la rend si destructrice.

La tsaraat : la maladie de la médisance

La Torah consacre deux parachiot (Tazria-Metsora) à une affection mystérieuse, la tsaraat, que nos Sages relient explicitement au lachon hara : le mot metsora se lit motsi ra, « celui qui fait sortir le mal ». Le médisant était frappé, isolé hors du camp : « puisqu'il a séparé par ses paroles l'homme de sa femme et l'homme de son prochain, qu'il soit lui-même séparé » (Arakhin 16b). Miriam elle-même, la prophétesse, fut frappée pour avoir parlé de son frère Moché (Bamidbar 12) : la Torah nous ordonne de « se souvenir de ce que D.ieu fit à Miriam » : un rappel quotidien dans de nombreux siddourim.

Meme quand c'est VRAI Point capital et contre-intuitif : le lachon hara est interdit MEME si le propos est parfaitement exact. Dire du mal veridique de quelqu'un reste du lachon hara ; le mensonge diffamatoire (motsi chem ra) est pire encore, mais la verite n'excuse rien. C'est toute la difference avec la loi humaine : la Torah ne protege pas seulement contre la calomnie, mais contre le devoilement du mal reel d'autrui.
L'enjeu de la formation Nous allons parcourir : les definitions precises (chapitre 2), le role de celui qui ecoute (chapitre 3), la methode du Hafets Haim (chapitre 4), les exceptions ou parler devient permis voire obligatoire (chapitre 5), la parole positive (chapitre 6) et un plan d'action realiste (chapitre 7). Objectif : non pas la culpabilite, mais la maitrise.

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