Jonathan Karlinsky, 49 ans, hassid de Breslev installé en Israël, a été retenu à la frontière entre l’Ukraine et la Roumanie alors qu’il rentrait du pèlerinage de Roch Hachana à Ouman. Né en Ukraine, il possède aussi la nationalité ukrainienne et a été mobilisé par les autorités de ce pays. Selon Walla, le 28 septembre 2026, puis le Jerusalem Post, le 29 septembre, des démarches communautaires ont permis de lui obtenir une affectation comme médecin militaire à Odessa, plutôt qu’à proximité de Kharkiv. Au 29 septembre, son transfert vers le centre médical était encore annoncé pour les jours suivants.
Cette affaire touche deux réalités familières aux lecteurs d’Univers Torah : l’attachement de nombreux fidèles au tombeau de Rabbi Nahman de Breslev et les obligations qu’un État en guerre peut imposer à ses citoyens, même lorsqu’ils vivent depuis longtemps à l’étranger. L’Ukraine avait d’ailleurs annoncé en 2025 la reconnaissance de cette sépulture comme site religieux d’importance nationale. Cette place accordée au pèlerinage n’équivaut toutefois à aucune exemption de mobilisation.
Un passeport israélien qui ne suffisait pas à quitter le pays
Karlinsky a quitté l’Ukraine pour Israël il y a environ quatorze ans, d’après les premiers témoignages recueillis par le Jerusalem Post. Il se rendait à Ouman comme d’autres disciples de Rabbi Nahman, enterré dans cette ville. Lors d’un contrôle à la sortie du territoire, les autorités ont établi qu’il était aussi citoyen ukrainien et soumis aux règles de mobilisation en vigueur. Son passeport israélien ne l’a donc pas protégé contre les obligations attachées à sa nationalité ukrainienne.
Sa disparition temporaire des radars a inquiété sa famille. Le 24 septembre, la Fédération des communautés juives d’Ukraine a annoncé l’avoir localisé dans une installation militaire de la région d’Odessa. La fédération indiquait alors qu’une affectation médicale près de Kharkiv était envisagée. Son service antérieur dans l’armée ukrainienne et ses compétences médicales ont, selon la fédération et sa famille, pesé dans la décision de le mobiliser.
Un détail des premiers récits devait être corrigé : présenté initialement comme père de six enfants, Karlinsky a une fille, rapporte ynet après vérification. La demande d’exemption avancée sur la base de cette première information ne pouvait donc pas reposer sur le motif familial invoqué. Les informations publiques ne permettent pas d’établir l’ensemble de son dossier administratif individuel.
Pour les binationaux, le risque dépasse ce seul cas. Les recommandations britanniques sur les voyages en Ukraine, destinées à leurs propres ressortissants, rappellent qu’un second passeport ne soustrait pas automatiquement un citoyen ukrainien aux restrictions de sortie et aux obligations militaires. Avant un déplacement, la situation personnelle doit être vérifiée auprès des autorités compétentes, et non déduite des voyages précédents qui se sont déroulés sans incident.

La communauté obtient une autre affectation
Selon Walla et le Jerusalem Post, le Rav Avraham Wolff, grand rabbin d’Odessa et du sud de l’Ukraine, a rencontré des responsables militaires avec l’appui du réseau ‘Habad. Leur intervention a abouti à l’annonce d’un poste dans un centre médical d’Odessa, près de la communauté locale. Cette décision éloigne Karlinsky de l’affectation redoutée vers la région de Kharkiv, sans mettre fin à sa mobilisation ni garantir qu’il pourra rentrer prochainement en Israël.
Les soutiens communautaires avaient déjà répondu à ses besoins religieux pendant son séjour dans la région d’Odessa : nourriture cachère, sidour, le livre de prières, et quatre espèces pour Souccot. ynet a diffusé des images de la remise de ces objets. Cette scène donne aussi l’occasion de retrouver le sens des quatre espèces de la fête. La fédération indique que sa demande de ne pas porter d’arme pour des raisons religieuses a été prise en compte dans la définition d’un rôle médical. Pour la suite, l’accès régulier à la synagogue, au mikvé et à une alimentation cachère est annoncé par les responsables communautaires ; il reste à voir comment ces dispositions fonctionneront au quotidien.
Une tradition fervente face aux obligations d’un État
Le rassemblement d’Ouman occupe une place majeure dans la tradition de Breslev, mais se rendre sur une tombe pour Roch Hachana ne constitue pas une obligation biblique générale. Les avis rabbiniques sur l’opportunité de ce voyage ne sont d’ailleurs pas uniformes, comme le rappelle une intervention du Rav Ovadia Yossef consacrée à Ouman. La ferveur du pèlerinage ne permet pas, à elle seule, de présumer qu’un citoyen est dispensé des règles en vigueur dans un pays en guerre.
La Guémara énonce au nom de Chmouel : dina demalkhouta dina, « la loi du royaume est la loi » (Baba Kama 113b). Le principe reconnaît une portée halakhique aux règles du pouvoir civil dans des domaines déterminés. Sa portée est cependant discutée selon la nature de la loi, son application et ses rapports avec la Halakha. Une réponse halakhique d’Univers Torah sur la législation commerciale montre justement que les décisionnaires ne lui donnent pas tous le même champ. Ce texte talmudique, formulé dans un autre contexte, ne suffit donc pas à trancher le cas personnel de Karlinsky ni chaque question que soulèverait son service militaire.
Une autre dimension apparaît dans son affectation médicale : le pikoua’h néfech, la sauvegarde d’une vie, possède un poids majeur dans la Halakha, jusque dans les discussions de la Guémara sur Chabbat (Yoma 85b). Cela éclaire la valeur des soins qu’il pourrait apporter à des blessés, sans effacer les questions particulières que poseront ses tâches concrètes, les fêtes ou Chabbat. Au 29 septembre, l’issue immédiate dépend encore de son transfert effectif à Odessa et des conditions réelles de son service.
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