Thèmes Pogroms

À savoir
Qu'est-ce qu'un pogrom ?
Le terme « pogrom » vient du russe et signifie littéralement « destruction » ou « dévastation ». Il désigne des violences collectives organisées contre une minorité ethnique ou religieuse, principalement les Juifs. Ces éruptions de violence étaient souvent le fait d'une foule déchaînée, parfois encouragée, voire orchestrée, par les autorités en place. L'histoire juive en garde une mémoire profonde et douloureuse, du Moyen Âge jusqu'au XXe siècle.
Les origines historiques : du Moyen Âge aux croisades
Les persécutions organisées contre les Juifs s'intensifient dès le IVe siècle de l'ère commune, avec la christianisation de l'Empire romain. Au Moyen Âge, les massacres se multiplient à travers l'Europe occidentale, notamment lors des croisades. En 1096, les gzéirot (décrets de violence) de la vallée du Rhin causent la mort de près de 12 000 Juifs. En 1190, le massacre de York, en Angleterre, fait plus de 500 victimes. Les expulsions, les conversions forcées et les bains de sang accompagnent régulièrement la vie des communautés juives médiévales.
Les pogroms dans l'Empire russe au XIXe siècle
Le mot « pogrom » entre dans l'usage courant après les violences massives perpétrées dans le sud de l'Empire russe entre 1881 et 1884, connues sous le nom de « Soufflées du Néguev » (Soufot baNéguev). En 1903-1905, les pogroms de Kichinev, en Bessarabie, provoquent un traumatisme considérable dans le monde juif et accélèrent les mouvements migratoires vers l'Occident et vers Eretz Israël. Ces violences, alimentées par des idées antisémites diffusées publiquement, marquent durablement l'histoire du peuple juif.
La Nuit de Cristal et le XXe siècle
Au XXe siècle, les pogroms précèdent et accompagnent la Shoah. La Nuit de Cristal, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 (16 Hechvan 5699), constitue l'un des épisodes les plus meurtriers : synagogues incendiées, commerces juifs saccagés, des milliers de Juifs arrêtés ou tués dans tout le Troisième Reich. En mars 1936, le pogrom de Przytyk en Pologne orientale, ou encore les violences perpétrées par des unités militaires roumaines à Dorohoi en juillet 1940, illustrent la brutalité répandue dans toute l'Europe.
Les pogroms dans les terres arabes et en Afrique du Nord
Les violences antijuives ne se limitent pas à l'Europe. En 1033, le massacre de Fès au Maroc cause la mort de quelque 6 000 Juifs. En 1066, les émeutes de Grenade, en al-Andalus, font environ 4 000 victimes parmi la communauté juive, tuées principalement par la population musulmane locale. Ces tragédies rappellent que les communautés juives ont été exposées aux pogroms sur l'ensemble du pourtour méditerranéen.
Mémoire et portée des pogroms dans la tradition juive
Léo Motzkin, l'un des pionniers du mouvement sioniste, déclarait en 1926 : « Celui qui n'a pas vu de ses yeux les pogroms ne sait pas ce qu'est un pogrom. » Cette mémoire collective des persécutions a profondément influencé la conscience juive moderne, alimentant la nécessité d'un foyer national et la réflexion sur la condition du peuple juif en exil. Le souvenir des pogroms reste indissociable de l'histoire de la diaspora et de la naissance de l'État d'Israël.

