Dans la ville de Netivot, Rabbi Yisraël Abou'hatseira, couramment appelé Baba Salé, a laissé derrière lui des témoignages qui défient l'entendement. L'un des plus célèbres reste celui de sa bouteille d'Arak inépuisable lors des repas festifs. Le rituel était immuable : le Tsadik enveloppait la bouteille dans un linge blanc, ne laissant dépasser que le goulot, et servait une multitude de convives à partir d'un flacon unique de 75 cl.
Mathématiquement, une bouteille standard contient environ 75 cl, soit une dizaine de petits verres. Pourtant, lors de ces repas, la bouteille semblait ne jamais se tarir. Des témoins racontent avoir vu le Tsadik remplir plus de cent verres sans jamais changer de flacon.
Un jour, un invité sceptique tenta de soulever le linge pour voir le truc. Dès que le linge fut soulevé, la bouteille se vida instantanément. Baba Salé expliqua alors que la bénédiction (Berakha) ne repose que sur ce qui est caché à l'œil. Ce récit est resté comme un symbole contemporain de l'abondance divine qui transcende la matière.
Il apparait donc que ce geste n'était pas une simple coutume, mais l'application concrète d'une loi métaphysique consignée dans le Talmud de Babylone (Traité Ta'anit 8b) :
"אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן" - « La bénédiction ne se trouve que dans une chose dissimulée à l'œil. »
Le concept est profond : dans la pensée juive, le regard humain est un outil de mesure qui concrétise la réalité. Dès qu'une chose est comptée ou pesée, elle entre dans le domaine du limité. En recouvrant la bouteille, Baba Salé créait volontairement un espace de non-mesure.
En soustrayant le niveau du liquide à la vue, il permettait à la Bérakha divine, qui est par essence infinie, de s'infuser dans l'objet matériel sans rencontrer l'obstacle de la limite physique. Le miracle s'interrompait donc logiquement dès qu'un curieux tentait de soulever le linge : une fois "mesurée" par l'œil, la bouteille redevenait un simple contenant de verre soumis aux lois visibles de la nature.
Le miracle n'est pas de créer de la matière, mais de relier un objet physique à sa source spirituelle originelle où le manque n'existe pas.
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