
« J’aurais voulu que ma fille ait des amis de tout bord », regrette sa mère dans Le Vif. « Moi-même, j’ai fait mes études à Bockstael. On était davantage de juifs, il n’y avait pas de problème. Aujourd’hui, j’en arrive à me culpabiliser de l’avoir laissée dans cette fosse aux lions. » Deux événements ont précipité le départ de Sarah. D’abord, la tuerie au Musée Juif de Bruxelles. Après l’attentat, l’école a noté plusieurs dérapages. Suite à une minute du silence organisée en classe en hommage aux victimes, un jeune homme a posté sur le mur Facebook de Sarah: « Si j’avais été là, j’en aurais tué plus. » Il a été renvoyé sur-le-champ.
Ensuite , ce qui devait être une banale photo s’est transformée en tornade d’insultes. Lors de la Coupe du Monde, Sarah poste, fière, une photo d’elle sur Facebook avec un drapeau belge et un drapeau israélien. Cela passe très mal auprès des jeunes de son école, alors que Gaza est bombardé par Israël (le conflit de l’été semble avoir fait des dégâts dans les mentalités de jeunes qui multiplient raccourcis et amalgames). En tout et pour tout, l’adolescente recevra 288 (!) messages d’insultes et de menaces, de la part de camarades de classe mais aussi de leurs amis qu’elle ne connaissait même pas.

Son père dépose plainte, les trois suspects sont convoqués par la police. L’école, elle, les a sanctionnés également: deux jours d’exclusion, un retrait de points de comportement, la rédaction d’un travail de réflexion sur le principe de la tolérance religieuse et renvoi immédiat en cas de récidive. Le préfet des études a aussi proposé aux familles concernées de rencontrer celle de Sarah. Sur les trois, une seule a accepté. « Les parents se sont excusés et ils ont eux-mêmes puni leur fils. On a beaucoup discuté. Ils étaient de bonne volonté », raconte la mère de Sarah.
« Emile Bockstael est désormais judenfrei » Avec le temps, le sentiment d’injustice a gagné cette famille juive, qui avait initialement décidé de mettre un terme à l’affaire. Mais avec le recul, les parents de Sarah estiment qu’ils ne doivent pas en rester là. La Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA) leur est venu en aide.
« Sarah a subi une double peine », soupire Joël Rubinfeld, président de la LBCA. « Elle a dû quitter l’école et elle est réduite au silence. C’est un drame humain pour elle comme pour ses parents. Sur le plan collectif, c’est aussi un symbole: l’athénée Emile Bockstael est désormais judenfrei, il n’y a plus d’élèves juifs.
Le brassage d’enfants d’origines différentes dans les écoles de Bruxelles était pourtant une bonne chose. (…) Aujourd’hui, les élèves d’une grande école bruxelloise n’auront plus l’occasion de rencontrer un de leurs camarades juifs. C’est grave. On en payera les conséquences dans quinze ou vingt ans. »
Source : femininisrael.com
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