
Auteur de nombreux livres, il fut l’un des rares scientifiques admis à l’Académie française. «Enfant, j’ai parfois rêvé être un autre», racontait-il dans La statue intérieure, un ouvrage autobiographique d’une profondeur saisissante publié en 1987 chez Odile Jacob, la maison d’édition fondée par sa fille deux ans plus tôt. Il n’aura en réalité jamais cessé d’être lui-même. «Je porte en moi, sculptée depuis l’enfance, une sorte de statue intérieure qui donne une continuité à ma vie, qui est la part la plus intime, le noyau le plus dur de mon caractère. Cette statue, je l’ai modelée toute ma vie», écrivait-il alors.

A l’âge des premiers grands choix, il commence par lorgner sur Polytechnique suivant en cela le modèle de son grand père, Albert Franck, «premier juif à atteindre le grade de général de corps d’armée», et dont il n’est pas peu fier. Son passage en «matélém» (mathématiques élémentaires) le dissuade de persévérer dans cette voie ou «la fonction du lycée était moins d’enseigner que de mater les jeunes, les uniformiser, les couler tous dans le même moule». Non pas qu’il rechigne à l’effort, mais encore faut-il que celui-ci lui semble justifié. L’alchimie s’opère après une visite dans un service de chirurgie, «un monde qui, aussitôt, me passionna». Un monde sur le point de basculer.
Début juin 1940, il perd sa mère au moment où la France se perd. «Un monde qui finissait, le monde doux et tiède de mon enfance». Il rejoint son père, réfugié avec ses grand-mères à Vichy, avant de gagner Saint-Jean-de-Luz. «Quel inimaginable bordel! En quelques jours, on a vu se désintégrer un pays tout entier», témoignera-t-il sans ambages dans La statue intérieure. Le voilà voguant vers l’Angleterre avec son ami Maurice Schumann, «embarqué sur un même bateau pour aller poursuivre la guerre contre l’Allemagne nazie». Il s’engage comme artilleur dans les Forces françaises libres mais se trouve rapidement affecté au service de santé comme médecin auxiliaire. Il ne reposera le pied en France que quatre années plus tard, le 1er août 1944, en Normandie, à Utah Beach.
Source : Jss News
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