
Il reste une cinquantaine de Juifs en tout, appartenant à trois clans, qui vivent majoritairement dans la petite ville de Prizren, cité typique de l'ère post-communiste.
Ines Quono, 28 ans, étudiante et mère de famille, fait partie de la petite communauté juive du Kosovo. Elle fait part de l'incertitude quant à l'avenir de la population en général, et de celle des Juifs en particulier.
"Le chômage atteint ici les 50%, et le revenu moyen est de 350$. On ne sait pas comment les choses vont tourner maintenant". La famille Quono, originaire des communautés d'Espagne ayant fui vers les Balkans, "imagine son avenir en Israël ou dans le Sud de l'Europe"

Lorsque la guerre civile a commencé, les Juifs de la capitale Pristina, on fui vers la Serbie, dont ils partagent la langue et la culture; mais les Juifs de Prizren, albaophones et turcophones, ont préféré rester sur place. A l'image de Votim Demiri, le père d'Ines Quono, qui avait acquis une position sociale convenable sous le régime communiste. "Mais maintenant, ça change" avoue-t-il. "Jusqu'il y peu, il n'y avait pas d'antisémitisme ici, car l'Islam y était modéré. Mais maintenant, avec l'aide financière massive de l'Arabie saoudite, l'influence wahabbite se fait de plus en plus sentir, et les journaux locaux commencent à décrire les Juifs de manière négative" regrette Votim.

Mais le pessimisme règne dans cette petite communauté, qui en plus, a du mal à établir des contacts avec des communautés plus importantes de la région, comme celle de Skopje (Macédoine) ou Belgrade (Serbie), car les enfants ne parlent pas le Serbe.
Votim Demiri décrit également une vie spirituelle très rudimentaire, due en grande partie à la "grande lessive" communiste, et pense que ses enfants vont émigrer vers Israël. Lui-même affirme y penser depuis huit ans. Il montre avec émotion une photo jaunie, présentant sa maman serrant la main de Shimon Pères. "Elle avait choisi l'alyah, dès la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais nous ses enfants, étions idéalistes, et voulions construire une société socialiste au coeur de l'Europe. Nous étions Yougoslaves jusqu'au bout de ongles"

Cette petite communauté se trouve à une croisée des chemins très difficile: d'un côté une vie économique et sociale de plus en plus difficile, rajouté à une montée de l'antisémitisme islamique, et de l'autre, la difficulté d'entrevoir une avenir ailleurs, pour des raisons d'âge, de santé, de formation professionnelle ou de culture. Par ailleurs, certains ayant contracté des mariages mixtes, rencontrent des difficultés auprès de l'Agence juive, qui affirme cependant vouloir étudier chaque cas.
Comme d'habitude, les événements et transformations politiques qui touchent un pays, ont toujours des répercussions directes sur les Juifs locaux, aussi peu nombreux soient-ils.
Source : Arouts7 février 2008
Photos : Univers Torah
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